Vous connaissez cette sensation. Il y a des années, vous avez fait du snorkeling au-dessus d’un récif, parmi les couleurs et les poissons qui filaient, et cette image vous est restée. Puis, un jour, vous le retrouvez dans les actualités, cette fois accompagné de photos du même récif, blanchi comme de l’os et silencieux. Il est facile de penser que c’est la fin de l’histoire. La bonne nouvelle ? Ce n’est pas forcément le cas.
La restauration des coraux, qui consiste à aider activement les récifs à repousser, est passée d’une expérience marginale à un domaine véritablement prometteur des sciences marines. Ce n’est pas une solution miracle (rien ne vaut le fait de laisser les récifs en bonne santé tranquilles dès le départ), mais les données sur ce qu’elle peut accomplir sont plus encourageantes que la plupart des gens ne l’imaginent.

Commençons par la partie inconfortable. La couverture corallienne a fortement diminué dans le monde entier, et le réchauffement des océans reste la principale menace : les projections climatiques citées par le GIEC estiment qu’une hausse de 1,5 °C de la température mondiale pourrait endommager jusqu’à 90 % des récifs coralliens de la planète, tandis qu’une hausse de 2 °C pourrait en faire disparaître presque la totalité. C’est dans ce contexte préoccupant que s’inscrivent les travaux de restauration.
Mais c’est là que les choses deviennent intéressantes. Une étude publiée en 2024 dans Current Biology a suivi des sites récifaux restaurés en Indonésie et constaté qu’en l’espace d’environ quatre ans, les récifs restaurés avaient atteint une « récupération complète » en matière de croissance, égalant pratiquement la production de carbonate de récifs sains et non endommagés situés à proximité. En clair : un récif qui n’était plus que des débris quelques années auparavant fonctionnait à nouveau, structurellement parlant, comme un récif normal. C’est une nouvelle climatique véritablement rare et positive.
Si l’on élargit la perspective, le domaine est plus jeune et plus complexe que ne le laissent entendre les gros titres. Une revue mondiale approfondie des projets de restauration des coraux a constaté que les taux de survie des coraux transplantés se situent généralement autour de 60 à 70 %, et que la plupart des projets restent de petite envergure et de courte durée. La restauration n’est pas magique. C’est un travail patient, concret et souvent peu spectaculaire, qui implique des nurseries de coraux, la transplantation de fragments un par un et de nombreuses plongées de suivi. Mais elle fonctionne assez souvent et assez bien pour faire la différence.
Imaginez une nursery sous-marine : des structures métalliques ou des « arbres » ancrés au fond marin, auxquels sont fixés de petits fragments de corail comme des ornements. Des plongeurs, souvent des membres formés de la communauté locale, s’occupent de ces nurseries comme on entretiendrait un jardin : ils vérifient la croissance, éliminent les algues et protègent les fragments contre des prédateurs comme les étoiles de mer couronne d’épines. Une fois suffisamment grands, les fragments sont transplantés, ou « réimplantés », sur des zones récifales dégradées, parfois fixés avec du ciment ou de l’époxy, où ils continuent de croître et finissent par se reproduire de manière autonome.
C’est lent. C’est local. Et cela dépend fortement de la formation des personnes qui s’en chargent, ainsi que de leur motivation à revenir, année après année.

Voici le lien qui surprend beaucoup de gens : ce que vous avez sur la peau lorsque vous nagez peut avoir une incidence sur le récif au-dessus duquel vous nagez.
Le filtre UV chimique l’oxybenzone est le plus étudié de ces ingrédients, et les résultats ne sont pas flatteurs. Une étude largement citée de 2016 a constaté que l’oxybenzone était toxique pour les coraux juvéniles à des concentrations pertinentes pour l’environnement, contribuant à accroître leur sensibilité au blanchissement, à endommager leur ADN et à provoquer des malformations du squelette chez les jeunes coraux. Une étude publiée en 2022 dans Science est allée plus loin en expliquant le mécanisme : les coraux et les anémones de mer métabolisent effectivement l’oxybenzone, en lui attachant une molécule de sucre, et la transforment ainsi accidentellement en un composé qui devient toxique lorsqu’il est exposé à la lumière du soleil. Autrement dit, c’est le propre processus de détoxification du corail qui rend le produit chimique dangereux.
Une autre étude à long terme, combinant exposition à l’oxybenzone et hausse de la température de l’eau, a constaté que ces deux facteurs de stress se renforcent mutuellement : l’oxybenzone ajoute un stress oxydatif au stress thermique et affaiblit la capacité des coraux à faire face au réchauffement de l’eau. Cette combinaison — chaleur et pollution chimique — constitue précisément le double coup auquel les récifs sont confrontés aujourd’hui.
Pour être juste, les données scientifiques ne sont pas totalement définitives. Une revue des National Academies publiée en 2022 a souligné que la plupart des études de toxicité utilisent des concentrations supérieures à celles généralement observées dans l’océan, et que les substances chimiques présentes dans les crèmes solaires sont très probablement loin d’être la cause principale des épisodes de blanchissement massif, qui sont très majoritairement provoqués par les vagues de chaleur marines. La crème solaire n’est donc pas la méchante de toute l’histoire. Mais c’est un facteur de stress dont les récifs n’ont pas besoin en plus de tout le reste, et c’est l’une des rares menaces pesant sur les récifs contre laquelle chacun peut réellement agir avant même le petit-déjeuner.

C’est ici que la distinction entre filtres minéraux et chimiques prend toute son importance, et il ne s’agit pas seulement de marketing.
Les filtres chimiques comme l’oxybenzone et l’octinoxate fonctionnent en absorbant les rayons UV et se dissolvent facilement dans l’eau, ce qui explique précisément comment ils se retrouvent dans les tissus coralliens. Les filtres minéraux, notamment l’oxyde de zinc non nano, fonctionnent différemment : ils restent à la surface de la peau et réfléchissent physiquement les rayons UV au lieu d’être absorbés par celle-ci. Dans l’eau, les particules d’oxyde de zinc non nano ne se dissolvent pas comme les filtres chimiques. Elles ont plutôt tendance à se déposer sous forme de sédiments au lieu d’être absorbées par les tissus coralliens ou algaux, ce qui représente un devenir fondamentalement différent de celui d’un filtre chimique métabolisé en phototoxine.
L’aspect « non nano » est plus important qu’on ne le pense. La taille des particules est déterminante. Les particules minérales de taille nanométrique (inférieure à 100 nanomètres) sont suffisamment petites pour être potentiellement absorbées par les organismes marins, tandis que les particules non nano sont tout simplement trop grandes pour pénétrer dans les cellules de la même manière. C’est pourquoi des endroits comme Hawaï et les Palaos, lorsqu’ils ont légiféré contre les ingrédients des crèmes solaires nocifs pour les récifs, ont spécifiquement désigné l’oxyde de zinc non nano et le dioxyde de titane comme des solutions plus sûres.
Cela ne signifie pas que la crème solaire minérale n’a absolument aucune empreinte environnementale : rien de ce que nous appliquons sur notre peau puis rinçons dans l’océan n’est totalement sans impact. Mais l’ensemble des données disponibles pointe dans une direction assez claire : les filtres minéraux non nano sont le choix le plus respectueux des récifs.

Nous considérons qu’il s’agit de deux problèmes nécessitant deux types d’action différents : l’un urgent et concret, l’autre lent et structurel.
Soutien actif : aider les récifs qui sont déjà en difficulté. Nous soutenons Coral Garden Conservation à Maurice, une organisation qui mène depuis 2015 des actions concrètes de restauration et de protection des habitats marins dans la région. L’une de ses initiatives, Reviving Le Morne, est un projet de restauration corallienne dans le lagon du Morne, un site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, qui forme des pêcheurs locaux pour qu’ils deviennent des jardiniers de coraux certifiés, chargés de créer et d’entretenir des nurseries de coraux et de réimplanter des fragments sur des récifs dégradés. C’est un bon exemple de restauration bien menée : dirigée localement, guidée par la science et conçue pour durer au-delà d’un seul cycle de financement. Soutenir ce type de travail est notre manière d’investir dans le volet « actif » de la régénération des récifs, c’est-à-dire le travail concret en nurseries et de réimplantation décrit plus haut.
Ce n’est pas non plus une idée nouvelle pour nous. En 2020, nous avons remplacé la frénésie habituelle des promotions du Black Friday par une initiative appelée Blue Friday : au lieu de réduire les prix, nous avons reversé l’intégralité des bénéfices réalisés sur suntribesunscreen.com ce jour-là à la Coral Restoration Foundation™, une organisation basée en Floride qui restaure les récifs depuis 2007 et avait, à cette époque, réintroduit plus de 140 000 coraux dans les Keys de Floride.
Soutien à long terme : ne pas aggraver le problème dès le départ. Chaque crème solaire Suntribe est formulée avec des filtres minéraux non nano et exclut les filtres UV chimiques associés au stress corallien dans les recherches citées plus haut. Son impact est plus limité et plus discret que le financement d’un projet de restauration, mais il s’amplifie avec chaque flacon qui finit dans l’océan au lieu de simplement le protéger.
Aucune de ces actions ne suffit à elle seule à réparer les récifs coralliens. Le changement climatique reste de loin la plus grande menace, et aucune reformulation de crème solaire ne changera cela. Mais entre financer les personnes qui mènent des actions concrètes de restauration et veiller à ce que nos propres produits ne les entravent pas, cette combinaison est celle à laquelle nous pouvons réellement nous engager.
Les récifs peuvent vraiment se régénérer. Cela demande du temps, une mobilisation de la communauté et beaucoup d’entretien peu spectaculaire des nurseries, mais la science le confirme. En attendant, choisir ce que vous appliquez sur votre peau avant de nager est une petite action simple pour vous assurer de ne pas réduire à néant ce travail.